Acte IV : la mobilisation poursuit son élan malgré les entraves préfectorales
Le samedi 7 novembre s’inscrit dans la continuité d’une semaine déflagration sociale. Deux jours à peine après la grève interprofessionnelle du 5 novembre, la coordination des Gilets jaunes poursuit le mouvement en lançant ce qu’elle présente comme l’Acte IV, décliné en manifestations dans tout le pays. Entre 130 000 et 170 000 personnes sont attendues par les autorités, dont 60 000 à Paris, signe que la mobilisation conserve sa puissance.
Le contraste est saisissant : alors que le 5 novembre a réuni 1,6 million de manifestants selon la CGT et 575 000 selon le ministère de l’Intérieur, la journée de samedi rassemble des cortèges plus décentralisés mais tout aussi déterminés. Ce n’est pas une démobilisation, c’est une mutation tactique. Les syndicats ont effectué leur journée de mobilisation ; les Gilets jaunes et les organisations de jeunesse poursuivent de leur côté.
La préfecture durcit le ton, la rue riposte
Ce qui cristallise véritablement le conflit ce 7 novembre, c’est la question des libertés publiques. La coordination des gilets jaunes maintient son rassemblement à 14 h place de la Concorde, sur lequel aucun arrêté n’était publié vendredi à 13 h. Il y a là une affirmation du droit à manifester, même face à l’absence d’autorisation. Plusieurs préfectures interdisent les manifestations en centre-ville, une censure contre laquelle la coordination porte plainte.
À Nantes, les équipements manifestants sont bloqués par arrêté préfectoral ; à Tours, seule une portion d’espace public est autorisée. Ce morcellement des droits, cette géographie de l’interdiction, révèle une stratégie gouvernementale : ne pas interdire globalement (ce qui attiserait la conscience politique), mais fragmenter, décourager par le bureaucratique. Or, environ 188 lieux d’action sont signalés le samedi 7 novembre, dont environ 70 manifestations selon le site des Gilets jaunes, distribuées dans toute la France.
L’écho du 5 novembre prolongé en Acte IV
Cette mobilisation du 7 novembre montre une chose : la révolte n’obéit plus aux seuls appels syndicaux. Le SNES-FSU appelle à participer aux manifestations du samedi 7 novembre pour les salaires, les pensions et les services publics, amplifiée par des appels de structures étudiantes et de jeunesse. Le programme reste le même : pouvoir d’achat, respect des services publics, salaires dignes. Mais la tonalité change. C’est moins une grève que du blocus ; moins une négociation que de la confrontation.
La participation des Gilets jaunes à cet Acte IV souligne l’équivalent d’une convergence de facto. Le mouvement qui s’était dissout début 2020 réémerge, non comme force de remplacement des syndicats, mais comme prolongement organisé de leur action. C’est un fait objectif : quand les syndicats rangent les armes vendredi soir, les Gilets jaunes prennent le relais samedi matin.
Une leçon que le gouvernement ignore
Pour le gouvernement, la situation doit être intenable. La stratégie de répression (7 000 gardes à vue en deux semaines selon les titres passés, 448 interpellations lors du 5 novembre) n’affaiblit pas la mobilisation, elle l’inspire. Chaque interdiction préfectorale devient une violation de droit ; chaque cortège maintenu se transforme en affirmation politique. Les 6 et 7 novembre sont un appel de la coordination des Gilets jaunes, qui opère sans mécanisme syndical traditionnel, donc difficilement négociable et certainement pas réprimable sans crises graves.
L’Acte IV du 7 novembre n’est pas un épilogue. C’est la preuve que le mouvement social français a changé de physionomie. Il ne s’éteint plus après une grève, il mute. Il se transforme. Les syndicats occupent des espaces, les Gilets jaunes en défrichent de nouveaux. Ensemble, involontairement, ils tressent une chaîne d’action que l’État français, malgré ses arrêtés et ses préfectures mobilisées, peine à briser.
