31 octobre : le Acte III des Gilets jaunes, crise des libertés publiques en point de mire
La machine s’accélère. Moins d’une semaine après le double samedi de mobilisation qui a secoué la France avec des centaines de milliers de manifestants, les Gilets jaunes annoncent un troisième acte pour samedi 31 octobre. Cette nouvelle journée marque une évolution notable du mouvement, qui élargit son horizon bien au-delà des questions de pouvoir d’achat.
Les libertés publiques au centre du débat
Si les deux précédentes mobilisations s’organisaient autour de l’inflation, de la hausse des carburants et de la défense des services publics, cet acte III réoriente la mobilisation. La coordination des Gilets jaunes place maintenant les libertés publiques au cœur de ses revendications, avec un mot d’ordre affirmant clairement : il n’est plus question de négocier sur le terrain seul du pouvoir d’achat.
Concrètement, les organisateurs demandent la levée des couvre-feux qui ont été imposés depuis le début de la mobilisation du 17 octobre. Ils réclament également l’amnistie de tous les manifestants interpellés depuis le lancement du mouvement, ainsi que des enquêtes indépendantes sur les violences qu’ils attribuent directement aux forces de l’ordre. Ces demandes reflètent l’accumulation de tensions entre les manifestants et l’appareil répressif d’État.
Un défi logistique en suspens
À Paris, la mobilisation prendra la forme d’un cortège reliant la Bastille à la Place de la Concorde. Un parcours qui a été déposé en préfecture, mais qui n’a pas encore obtenu validation définitive. Au-delà de la capitale, la carte participative des mobilisations signale des rassemblements devant l’Assemblée nationale et plusieurs mairies d’arrondissements, notamment aux 10e, 11e, 12e, 13e, 14e et 15e.
Parallèlement, la coordination Gilets jaunes cherche à élargir la base du mouvement. Les organisateurs proposent la création d’« assemblées de convergence » qui réuniraient lycéens, étudiants, salariés, paysans et retraités. Ils appellent aussi à l’organisation d’états généraux réunissant les différents secteurs mobilisés depuis trois semaines. Une tentative de structuration qui témoigne de l’ambition du mouvement à se transformer en alternative politique globale.
Le bilan comptable d’une colère croissante
Les deux précédentes journées de mobilisation ont laissé des traces. Le 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes avaient battu le pavé, un pic de mobilisation depuis longtemps. Une semaine plus tard, le 24 octobre, le ministère de l’Intérieur comptabilisait 410 000 manifestants, tandis que la CGT en revendiquait 800 000 malgré les interdictions gouvernementales. À Paris seul, la capitale avait accueilli 110 000 à 250 000 manifestants selon les sources.
Mais ce qui frappe le plus, ce n’est pas tant le recul chiffré entre les deux samedi, c’est l’intensification du bras de fer avec l’État. Les premières arrestations massives ont marqué le 24 octobre, avec près de 1 000 interpellations en une seule journée. Entre le 17 et le 31 octobre, plusieurs milliers de gardes à vue sont venues punctuer une répression qui s’accélère.
Samedi 31 octobre, alors que la France entre dans la phase hivernale de mobilisation, les Gilets jaunes testent à nouveau les limites de la tolérance de l’État face à la contestation. Pas seulement sur le terrain économique, mais désormais sur celui des libertés fondamentales. Ce tournant pourrait redessiner les contours du conflit social français.
