5 novembre : la convergence historique se verrouille, syndicats et gilets jaunes prêts à frapper dur
La France se prépare à une journée charnière jeudi 5 novembre. Au-delà des appels syndicaux affichés en façade, c’est une convergence de forces bien réelles qui se dessine : syndicats historiques, gilets jaunes et collectifs citoyens s’apprêtent à frapper simultanément, avec des enjeux qui dépassent la simple revendication salariale.
Les syndicats ressemblent les pièces du puzzle
Cinq grandes organisations syndicales, la CFDT, la CGT, Force ouvrière, l’Unsa et la FSU, appellent à une grève interprofessionnelle pour le jeudi 5 novembre. Le mouvement cible les salaires gelés depuis des années, la précarité des pensions de retraite et l’effritement des services publics. Mais cette convergence intersyndical n’est que la pointe de l’iceberg.
À la SNCF, quatre syndicats distincts, la CGT-Cheminots, l’Unsa-Ferroviaire, SUD-Rail et la CFDT-Cheminots, ont lancé leur propre appel unitaire aux cheminots pour rejoindre la mobilisation. Même dans des secteurs moins traditionnellement mobilisés, les appels se multiplient. Les dockers français, par exemple, ont déclenché une action de 24 heures fin octobre pour protester contre la militarisation des ports et soutenir la grève du 5 novembre. Ces mobilisations sectorielles tissent un réseau de pression qui échappe au contrôle habituel des institutions.
Les gilets jaunes sonnent la reconduction
Mais les syndicats ne sont pas seuls à appeler à la mobilisation. Les gilets jaunes, qui avaient marqué l’acte II du 24 octobre, annoncent déjà leur présence pour le 5 novembre avec un appel à la grève et aux blocages, reconductibles. Contrairement à leurs premières années de contestation, le mouvement s’inscrit désormais dans une temporalité allongée et tendue, ne se contentant pas d’une journée isolée.
Cette convergence entre gilets jaunes et syndicats n’est pas anodine. Elle signale que la dynamique de protestation s’est cristallisée autour d’enjeux communs : la vie chère, l’accès aux services essentiels, la défense du pouvoir d’achat. Les revendications, loin d’être floues, se découpent en chiffres concrets : le gel des salaires du secteur public, la suppression annoncée de milliers de postes dans la fonction publique, le doublement des franchises médicales, le gel des pensions des retraités.
Un budget 2026 qui cristallise les tensions
Le projet de loi de finances du gouvernement Lecornu constitue le point focal de cette mobilisation. Les retraités, en particulier, sont visés de plein fouet : un gel des pensions indexées sur l’inflation avec une sous-indexation probable jusqu’en 2030, selon les tracts syndicaux diffusés en octobre. Pour une personne en retraite, cela représente une perte de pouvoir d’achat de 1,4 % en 2026 seul, dans un contexte où le coût de la vie demeure élevé.
Le gouvernement, conscient du détonateur que représente ce budget, a déjà fait de premières concessions. L’intersyndicale resserre progressivement la mobilisation autour des urgences sociales concrètes. Mais cette tactique de lissage n’a rien stopé jusque-là : après l’acte II du 24 octobre, qui avait rassemblé des centaines de milliers de personnes, l’acte III des gilets jaunes et la grève interprofessionnelle du 5 novembre se profilent comme des tests redoutables pour un exécutif fragilisé.
L’hiver social s’installe
Plusieurs indicateurs suggèrent que la tension s’installera pour les mois à venir. Lycéens et étudiants ont maintenu la pression depuis octobre malgré la répression. Les collectifs citoyens organisent des caisses de grève et des repas autogérés pour soutenir les mobilisés. Une grève en Éducation nationale ou dans les transports urbains frapperait directement des millions de Français dans leurs déplacements quotidiens et les apprentissages de leurs enfants.
Le gouvernement annonce une « journée à risques » le 5 novembre. Les commerçants se barricadent d’avance, anticipant fermetures et perturbations. Aucun préavis de grève généralisée dans les transports ferroviaires, parisiens ou urbains n’est encore formellement confirmé, mais l’architecture de la mobilisation laisse peu de doute : chaque secteur joue son coup de pression, espérant que l’accumulation contraindra l’exécutif à négocier en profondeur.
C’est un scénario que le gouvernement Macron a vu se dessiner progressivement depuis septembre. L’ampleur atteinte le 24 octobre avait déjà montré que la contestation avait dépassé le stade des microphotos médiatiques. Le 5 novembre, elle devrait franchir un degré supplémentaire, en associant les armes lourdes : la grève généralisée, le blocage des ports, l’arrêt des transports ferroviaires, et la rue. Pas d’« acte » isolé, mais une mobilisation de masse en recherche de reconduction.
